[INTERVIEW] "Entre les distributeurs généralistes et spécialistes, il existe une opposition de façade"

La démocratisation du bio dans les assiettes des Français signe-t-elle la fin d’un marché alimentaire qui avait su jusqu’alors se préserver des travers de la grande distribution ? Comment les enseignes spécialisées peuvent-elles résister aux assauts des grandes surfaces sur ce marché en plein expansion ? Faut-il s’attendre à une concentration des acteurs en présence ? Auteure d’une vaste étude sur l’évolution du marché alimentaire biologique, Delphine David, directrice d’études pour l’institut Xerfi, revient pour Plan B(io) sur les profonds bouleversements que connaît la distribution des produits biologiques en France.

Quelles principales menaces pèsent sur le développement du marché bio en France ?

En premier lieu, l’offensive de la GMS, qui conduit à une industrialisation de la bio. Si les grandes surfaces contribuent nettement au dynamisme du marché, elles ont aussi pour effet de durcir les conditions d’approvisionnement pour l’ensemble du secteur. Or, c’est un marché marqué par une sous-offre évidente. Nous avons alors tenté de voir comment évoluent les pressions concurrentielles. Résultat, tout n’est pas noir ou blanc et les relations entre les maillons de la filière alimentaire bio et entre les opérateurs au sein d’un même maillon, sont complexes. Les exemples d’aides à la conversion apportées par les enseignes alimentaires (E.Leclerc, Carrefour…) ou les enseignes bio (Biocoop, Les Comptoirs de la Bio…) aux producteurs pour sécuriser leurs approvisionnements ne manquent pas. De l’autre, les constats d’un durcissement des relations commerciales et des pressions de l’aval vers l’amont se multiplient. Il existe en effet des fournisseurs qui refusent de travailler avec la GMS car certaines enseignes font pression sur eux afin qu’ils ne signent pas avec la grande distribution. A l’inverse, les grandes surfaces font pression sur les industriels qui travaillent avec les spécialistes, dans le but de les référencer. Par ailleurs, il existe des tensions ouvertes entre les distributeurs généralistes et les spécialistes. La campagne de communication lancée en novembre 2019 par Synadis Bio (syndicat des distributeurs bio) pour dénoncer le manque de cohérence de la démarche des GMS dans le bio illustre parfaitement l’état d’esprit qui règne sur le marché et la complexité de la situation, d’autant que tous les adhérents du syndicat ne se sont pas associés à cette campagne et que l’une des enseignes signataires, Naturalia, est filiale d’un groupe de la grande distribution alimentaire (Casino).

Les distributeurs spécialistes et généralistes sont-ils fondamentalement différents?

Il existe une opposition de façade entre les spécialistes et les généralistes. En réalité, on observe une vraie convergence de stratégies (…)

La suite de l’interview dans la newsletter du 23 janvier 2020.