La ruée des distributeurs généralistes sur les cosmétiques bio

Au cours du mois de décembre, Auchan, Franprix et Carrefour ont annoncé le lancement d’une gamme de cosmétiques biologiques. Ils rejoignent ainsi Casino, Monoprix et Système U parmi les distributeurs qui ont fait le choix de développer des gammes et/ou des marques cosmétiques bio.

Lait pour le corps, savon, dissolvant, brume de fixation pour le maquillage, masque, eau micellaire, crème pour les mains… Franprix vient d’annoncer le lancement de sa propre gamme de cosmétiques bio, presque tous labellisés Cosmebio et élaborés avec un minimum de 96% d’ingrédients d’origine naturelle. Au total, une vingtaine de produits positionnés sous la barre des 5 euros, identifiés comme étant des essentiels et capables de répondre à la « routine beauté » quotidienne des Français.e.s.

Cette annonce intervient quelques jours à peine après celle du groupe Carrefour, qui a présenté de son côté « Nectar Of Bio », sa nouvelle gamme de cosmétiques bio, également labellisée Cosmebio. Les produits qui composent la gamme se déclinent là aussi sur plusieurs catégories, depuis les soins capillaires, en passant par les soins pour le visage, jusqu’aux soins corporels, à des prix aussi peu élevés que ceux pratiqués par Franprix.

La caution “Yuka” mise en avant

Au début du mois de décembre, c’est Auchan, qui annonçait l’étoffement de sa marque d’hygiène beauté (Cosmia) avec deux gammes bio. Une première destinée aux adultes et une autre spécifiquement conçue pour les bébés. Savon liquide, gel douche, déodorant, crème pour les mains, shampooings… Au total, 15 nouveaux produits Certifiés bio Cosmos Organic par l’organisme Ecocert, « qui obtiennent des notes comprises entre 79 et 100 sur l’application Yuka », se targue même l’enseigne.

Ainsi, coup sur coup, ce sont trois mastodontes de la distribution qui se sont lancés sur le marché désormais très disputé de la vente de cosmétiques bio en GMS. Ils rejoignent les enseignes Casino – avec la marque Ysiance lancée à la fin de l’année 2018 -, ou encore le pionnier Monoprix, qui a très tôt relevé le pari de la MDD bio avec une offre certifiée Cosmébio dès la fin 2017. Enfin, Système U avec sa marque U bio revendique depuis la fin de l’année 2018 une quarantaine de références en hygiène beauté bio.

La bio, un levier de croissance sur un marché atone

L’offensive de la grande distribution sur la cosmétique bio peut apparaître comme un pari risqué. En France, le marché de la beauté n’est pas particulièrement au milieu de sa forme. En 2017 il a subi un sérieux coup de frein (-1,3% en volume, chiffres Kantar Worldpanel), et a connu un ralentissement encore fortement marqué en 2018 de 0,8% en volume. Pour autant, face à cette réalité, la cosmétique bio faire figure de poche de résistance… notamment grâce à l’appétence grandissante des Français.e.s pour ce type de produits. En effet, selon l’Ifop, plus de 7 Françaises sur 10 ont déjà utilisé un produit de cosmétique bio au cours de leur vie. Surtout, la proportion de celles ayant acheté au moins un de ces produits au cours de l’année a quasi doublé en huit ans passant de 33% en 2010 à 58% en 2018.

Etude Ifop, oct 2018

La propension des consommateurs-rices à se tourner vers les cosmétiques bio n’a évidemment pas échappé aux grands industriels du secteur qui ont lancé des produits bio à tour de bras, mais aussi donc, aux distributeurs, qui comptent bien avoir leur part du gâteau.

Un gâteau dont la taille reste malgré tout relativement modeste au regard de l’ensemble du marché de la cosmétique en France, qui génère 11,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2018. Concernant la cosmétique bio, selon les sources, elle représente « seulement » un chiffre d’affaires en 2018 compris entre 550 millions (chiffres Xerfi) et 750 millions d’euros (Données Ecovia Intelligence), soit un peu plus de 5% du marché global. Mais sa progression est forte puisqu’entre 2017 et 2018, son chiffre d’affaires a fait un bond de près de 19%, et les experts de Xerfi estiment qu’il peut atteindre jusqu’à 7,5% du chiffre d’affaires global du marché, ce qui, au vue des récents développements des grands distributeurs, aiguise les appétits et marquent le début d’une concurrence féroce pour se faire une place dans les salles de bain des Français.