Le confinement a-t-il profité à la production de miel bio ?

Article extrait de la Newsletter du 14 mai 2020

Le confinement aurait-il permis aux abeilles d’être plus productives ? Depuis plusieurs jours déjà, quelques médias ont corrélé d’une part la baisse de l’activité humaine depuis les débuts du confinement, et d’autre part, la hausse de la production de miel constatée par certains apiculteurs. S’il convient à ce stade de rappeler qu’une corrélation entre deux variables n’entraîne pas automatiquement une causalité, cela n’enlève rien au constat de certains apiculteurs qu’une hausse de la productivité de leurs abeilles – et donc de la production de miel – est bien en cours depuis le début du printemps. Dans la presse, un témoignage revient très souvent. Celui de Pierre Stéphan, apiculteur bio installé dans le Parc régional des Vosges. Celui-ci a notamment expliqué au Parisien, que ses abeilles produisent en ce moment 4 kilos de miel par jour : « du jamais-vu depuis vingt ans » a-t-il déclaré, avant d’ajouter « le confinement permet à nos butineuses de bénéficier d’un calme inédit ».
 
Cette hausse de production, l’entreprise Famille Michaud, propriétaire (entre autres) de la marque Lune de Miel, l’a également constaté : « selon les informations des apiculteurs et par rapport aux premières récoltes sur nos propres ruches exploitées en bio, la récolte de miel Bio serait en évolution de plus de 50% par rapport à l’an dernier », explique Vincent Michaud, PDG de Famille Michaud. Ce dernier rappelle néanmoins que cette tendance à la progression n’est pas complètement nouvelle : « nous assistons à une évolution des récoltes en France de façon continue et depuis 2015, les récoltes ont été supérieures à 20 000 tonnes pendant plusieurs années consécutives, voire même supérieures à 25 000 tonnes certaines années. Cette année, la récolte de miel sera certainement supérieure à 30 000 tonnes », pressentant ici les premiers effets positifs de l’interdiction de pesticides systémiques, mise en place ces dernières années.
 

Le résultat d’une météo clémente ?

Un autre acteur majeur du miel biologique en France a vu sa production augmenter au printemps dernier, Famille Mary, apiculteur-récoltant biologique installé en Anjou. Propriétaire de 1 000 ruches et partenaire de 70 apiculteurs français, son président, Benoît Mary, dresse un constat sans appel : « sur la période du printemps, la récolte de miel est meilleure qu’en 2019. Nous évaluons la hausse de production à environ 40% ». Benoît Mary attribue ces chiffres étonnants à l’excellente météo en fin d’hiver et au printemps, plutôt qu’à un effet direct du confinement. Une analyse partagée, d’autre part, par le PDG de Famille Michaud, qui préfère rester prudent sur l’origine de ce phénomène : « les conditions météo ont été excellentes (…) certains disent que le confinement a certainement eu un effet sur les abeilles mais pour l’instant, nous n’avons pas de certitude scientifique ». Dans un billet publié sur son site Internet, la marque Bleu Blanc Ruche y voit aussi l’œuvre d’une météo singulière : « humidité automnale et hivernale, absence de gel et douceur printanière, soleil, pas encore de sécheresse, et vent (…) Les floraisons ont été importantes cette année, grâce à des conditions météorologiques très favorables ».
 

Du miel de trèfle : une première depuis 10 ans

Parmi les autres raisons évoquées par Bleu Blanc Ruche, la possibilité d’un rapport avec le (non) entretien d’un certain nombre d’espaces : « on peut penser que beaucoup de haies, de bordures et de bosquets ont été laissés à l’abandon, laissant alors la place à des ronces et fleurs sauvages qui font le régal de nos apidés ». Chez Famille Mary, cette réalité couplée avec le fait que de nombreuses prairies n’ont pas fait l’objet de fauchages pendant le confinement, a eu des effets bénéfiques sur les récoltes. Non pas quantitativement cette fois, mais plutôt s’agissant de la diversité des miels. « Nous avons récolté du miel de trèfles. Dans notre région, c’est exceptionnel, et ça n’était pas arrivé depuis 10 ans », confie Benoît Mary. Si le volume de production exceptionnelle de miel bio en France semble bel et bien se confirmer, il se pourrait donc qu’en prime, d’ici la fin des récoltes, d’autres surprises sur la nature du miel pourrait être constatée. De là, en revanche, à considérer que le confinement est le vecteur dominant à tous ces effets, il est encore trop tôt pour l’affirmer avec certitude.
 
François Deschamps