Michel Reynaud, porte-parole du Congrès mondial de la bio : « Le congrès peut contribuer à renforcer politiquement la France sur le sujet de l'agriculture biologique »

Vice-président d’Ecocert, porte-parole et co-organisateur du Congrès mondial de la bio, Michel Reynaud nous dévoile les grands enjeux de cette nouvelle édition, qui se tiendra à Rennes du 21 au 27 septembre prochain.

Article extrait de la newsletter du 12 mars 2020

La réalisation et la rédaction de cette interview ont été publiées avant les dernières mesures prises par le gouvernement liées au nouveau coronavirus.

Du 21 au 27 septembre prochain aura lieu la 20e édition du Congrès mondial de l’agriculture biologique, dans la ville de Rennes. Organisé tous les trois ans par la Fédération internationale des mouvements en agriculture bio (Ifoam), c’est la première fois que cet événement a lieu en France. Michel Reynaud, vice-président d’Ecocert, co-organisateur et porte-parole du congrès a accepté de nous dévoiler les grands enjeux de cette nouvelle édition, qui devrait rassembler 2 000 participants, au couvent rennais des Jacobins.
 

C’est la première fois que la France accueille cet événement d’envergure internationale. Comment et pour quelles raisons la France a-t-elle été retenue parmi les autres candidats, lors de la précédente édition du congrès qui s’est tenue en Inde, à New Delhi ?

Michel Reynaud : La France a défendu sa candidature face à 10 autres pays tels que le Canada, la Russie, le Mexique ou encore le Maroc, contre qui nous figurions d’ailleurs en finale. La force de notre candidature résidait notamment dans le soutien dont nous avons bénéficié : 16 organisations majeures comme l’Itab (Institut Technique de l’Agriculture Biologique, ndlr), le ministère de l’Agriculture, l’Agence Bio, la Fnab ou encore l’ambassadeur de France basé à New Delhi. Une équipe très soudée, qui bénéficiait en outre du soutien des pouvoirs publics. La France est parvenue à faire valoir plusieurs atouts. D’abord, l’Hexagone est le 3e marché bio dans le monde, derrière les Etats-Unis et l’Allemagne, et cela commence à attirer l’attention de nombreux pays. Aussi, ces dernières années, l’agriculture biologique a fait l’objet d’initiatives politiques majeures, comme le plan « Ambition Bio 2022 » (qui vise à atteindre les 15% de surface agricole française cultivée en bio à l’horizon de 2022, ndlr). Par ailleurs, la France dispose d’une structuration avancée autour des sujets de la bio avec des organisations importantes telles que l’Agence Bio ou encore l’INAO.
 

Quelles peuvent être les retombées de cet événement pour la France ?

M.R : Le congrès va d’abord mettre en lumière auprès du plus grand nombre le fait que la France est le 3e marché du bio dans le monde. Les retombées se situeront à un niveau scientifique et économique, mais il peut aussi contribuer à renforcer la France politiquement sur le sujet de l’agriculture biologique. En effet, il aura lieu en pleine révision de la nouvelle politique agricole commune (PAC). Ce pourrait être un bon moyen de faire valoir la vision de la France concernant l’agriculture biologique, et son avenir. A cet égard, nous avons obtenu l’accord de principe pour la participation du nouveau Commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski.
 

Les annulations d’événements se sont multipliées ses derniers jours à cause de la propagation du Coronavirus…

M.R : Nous suivons de très près l’évolution des derniers chiffres relatifs au virus, notamment nos équipes opérationnelles, car à partir de l’été prochain, les inscriptions au Congrès vont décoller. Nous espérons que la situation se sera améliorée d’ici le mois de septembre.
 

Quels sont les points saillants du programme de cette 20e édition ?

M.R : Environ 300 interventions autour de 80 conférences sont d’ores et déjà programmées. Des pré-conférences auront lieu les 21 et 22 septembre, et du 23 au 25 se tiendront de multiples interventions au travers trois conférences plénières et de 6 forums différents. La première plénière portera sur le besoin de transformer l’agriculture et de la place du bio dans ce changement. La deuxième sera consacrée aux agents de cette transformation (qui va la mener et de quelle manière), et la dernière s’intéressera à la manière dont les politiques doivent changer afin de rendre tangible, un ‘futur bio’. Du côté des forums, le premier portera sur le futur du mouvement biologique, un autre sera dédié aux producteurs et portera sur du partage de connaissances et d’initiatives, un troisième traitera de la recherche scientifique, le quatrième sera consacré aux approvisionnements et à la chaîne de valeur. Un autre forum, plus culturel, abordera des réflexions relatives aux fondements philosophiques de l’agriculture biologique, et le dernier sera dédié à la promotion d’une approche multi-acteurs au service de la bio.
 

Pour construire le programme, vous avez notamment lancé un vaste appel à contributions. Quels en ont été les résultats ?

M.R : Nous avons reçu au total plus de 800 contributions, provenant de participants de 70 pays différents. Des scientifiques mais aussi des producteurs, des personnes en charge des politiques agricoles, des transformateurs mais aussi des individus qui ont une approche plus sociologique de l’agriculture biologique. Ces remontées ont été étudiées, analysées par des comités de pilotage, de manière à vérifier si elles enrichissaient le débat, la réflexion, et si elles étaient inspirantes. Certaines ont été retenues ou ont fait l’objet d’ajustements, d’autres ont tout simplement été rejetées, notamment lorsqu’elles visaient à faire la promotion d’une entreprise ou d’un produit.

 

Vous avez évoqué la présence du nouveau Commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski. Prévoyez-vous la présence d’autres éminentes personnalités ?

M.R : Notre objectif est de réunir des penseurs, des politiques, mais aussi des acteurs économiques, des pionniers de l’agriculture biologique ainsi que de nouveaux arrivants. Nous sommes encore en phase de discussion avec différents interlocuteurs. Certains nous ont déjà donné leur accord de principe, mais les agendas peuvent encore évoluer. Le président de la République, Emmanuel Macron, et certains ministres sont invités, mais là encore, les agendas peuvent changer du jour au lendemain selon les aléas de l’actualité. Mais cela montre bien qu’il existe un véritable enjeu autour de la bio.
 

Qu’en est-il de la société civile ?

M.R : Parallèlement au Congrès mondial du bio, seront organisés plusieurs événements en Bretagne sous une initiative baptisée « Voyage en terre bio ». Il est porté par les organisations culturelles locales. Le grand public pourra, pendant plusieurs semaines, découvrir des marchés bio ou encore visiter des exploitations.
 

Quels vont être les grands enjeux pour le bio dans le monde et en France, dans les années à venir ?

M.R : Se nourrir est l’un des plus grands défis de notre époque. Il y a donc un enjeu fort autour de la mise en place d’une alimentation saine et durable dans le monde. Il y a également un enjeu autour des échanges, en parvenant à s’inspirer mutuellement. Pour la France, il est important de mettre en lumière notre savoir-faire en matière de bio. L’hexagone est le 3e marché bio dans le monde mais aussi le 6e producteur de matières premières bio dans le monde, avec une grande diversité de productions. Nous pourrions très rapidement entrer dans le top 4. En plus, nous avons une originalité que ne possède pas tous les pays, nous avons un tissu de transformateurs qui se composent de près de 16 000 entreprises.
 
Propos recueillis par François Deschamps