[RSE] Comment Biocoop, Kaoka et Biolait oeuvrent à la protection de la biodiversité

Matinée autour des enjeux de la biodiversité organisée par le Synabio, jeudi 24 juin 2021

Article extrait de la Newsletter du 01 juillet 2021

La biodiversité dans les milieux naturels en France, et plus globalement dans le monde, est en grande souffrance. Sur terre, près de 1,8 millions d’espèces sont menacées, 26% en France. Dans les milieux agricoles, 33% des populations d’oiseaux ont disparu en 30 ans. Depuis plusieurs décennies, un déclin préoccupant des insectes pollinisateurs sauvages et des pertes croissantes de colonies d’abeilles mellifères sont observées.
 
Différents facteurs sont à l’origine de cet effondrement de biodiversité, avec notamment la pollution de l’air, de l’eau et des sols, le changement climatique, mais aussi la surexploitation des espèces sauvages ou l’urbanisation galopante et l’artificialisation des sols. Considérant la situation et l’urgence à agir, le Gouvernement a décidé d’accélérer la mise en place d’actions, avec par exemple le « Plan Pollinisateurs » pour lequel une grande consultation publique vient d’être déployée.
 
Au sein des entreprises, la préservation de la biodiversité est un sujet qui commence également à se faire une place. Dans la bio, notamment, certains acteurs comme Biocoop, Kaoka ou encore Biolait s’en sont saisis depuis plusieurs années déjà. « C’est dans la continuité de notre engagement originel », a expliqué Carole Ceaux, responsable RSE chez Biocoop, dans le cadre d’une matinée autour des enjeux de la biodiversité organisée par le Synabio. « Biocoop est engagé dans le label Bio Entreprise Durable et dans ce cadre, nous avons réfléchi à la manière de porter plus haut certains engagements : c’est ainsi que la thématique de la biodiversité a émergé. De plus, c’est une thématique qui grandit auprès du collectif des consommateurs ». Pour Jean-Luc Denis, éleveur laitier et administrateur de Biolait, il en va aussi de la crédibilité de la filière bio, « qui se doit d’être mieux-disante. Le label bio est le plus abouti en termes de biodiversité, même s’il y a encore des améliorations à apporter ».
 

Pas de formule unique

De l’idée à la réalisation, il existe un gap à combler, et les manières d’incarner concrètement cette volonté de contribuer à la préservation de la biodiversité, sont multiples. Il n’y a pas de recette toute faite. Chez Biocoop, le travail est d’abord mené avec les producteurs, par le partage de bonnes pratiques, d’outils à déployer, mais aussi d’indicateurs à collecter afin de mesurer les effets engendrés par les moyens mis en place. De plus, « en interne, il y a un gros travail de formation, avec des conférences pour l’ensemble des salariés. Il y a également un volet de sensibilisation auprès des consommateurs, car derrière les produits, il y a des enjeux de biodiversité à faire connaître », note la responsable RSE de l’enseigne.
 
Pour Biolait, qui regroupe 1 400 producteurs, 140 000 hectares dont 60% de prairies permanentes, cela a commencé dès 2014 par le refus de l’importation de soja pour nourrir le bétail, sinon, « on importe de la déforestation ». De plus, cette année, « nous avons initié un partenariat avec la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux, NDLR), qui a abouti à un ‘diagnostic biodiversité’. Nous avons formé nos conseillers techniques à la biodiversité afin de bien restituer (les informations) auprès des agriculteurs. Nous avons prévu d’intégrer la taille des parcelles dans nos indicateurs, les linéaires de haies et nous testons le BiodiScore », détaille l’administrateur de Biolait.
 

Faire preuve d’adaptabilité

De toute évidence, la nature des actions à mener est résolument liée à l’activité et au type d’environnement dans lequel s’inscrit le producteur. L’entreprise Kaoka, dont les chocolats reposent principalement sur des cultures de cacao dans des environnements profondément différents de ceux que l’on trouve en France, a aussi dû prendre en compte cette réalité et s’adapter. « Nous travaillons depuis plus de 10 ans sur de vieilles plantations de cacao qui ont déjà 50, 60, 70 ans, afin que le producteur puisse produire davantage en agroforesterie », explique Sébastien Balmisse, directeur filières et qualité de Kaoka. « Nous avons monté un projet d’envergure en Colombie, en Équateur et au Pérou qui nous associe avec des organismes de recherches internationaux et une ONG internationale, porté par le MTES (ministère de la Transition écologique et solidaire, NDLR) ».
 
Ce projet porte sur trois aspects : « les producteurs de nos filières s’engagent à des accords de conservation. Par exemple, un producteur péruvien installé en forêt, qui dispose de 70 hectares en consacre 5 au cacao, le reste est préservé à l’état de forêt. Second point, la connectivité des paysages : lorsqu’on observe les images satellite en Amazonie on s’aperçoit qu’il y a des poches de forêt. Notre but avec les systèmes agroforestiers de cacao, est de créer des corridors pour le maintien de la biodiversité entre ces zones boisées. La troisième composante porte sur la restauration des sols dégradés. En 5 ans, nous avons réussi à restaurer 240 hectares de sols complètement acides, sur lesquels nous sommes intervenus en faisant intervenir des légumineuses, en chaulant, etc ».
 
Bienfaitrices pour l’environnement et le maintien de la biodiversité, ces initiatives ont toutefois des conséquences sur un élément qu’il ne faut pas occulter, lorsque l’on tient compte des consommateurs finaux : le prix. Initier de telles pratiques pour fabriquer des produits impliquent bien souvent des coûts plus élevés, que lorsque les produits sont fabriqués de manière dite conventionnelle. Sensibiliser les consommateurs aux composantes du prix des produits est ici un enjeu de premier ordre, et s’il revient à tous les acteurs de la chaîne d’apporter sa contribution, c’est aussi le rôle des distributeurs, qui in fine, restent la première interface entre les citoyens et les produits qu’ils achètent. 

François Deschamps